Après le retrait de l’article 23 et la publication du rapport de l’ANSES, la politique sur la vape en France doit se réinventer
Mercredi dernier, 4 février, la journée mondiale contre le cancer est passée totalement inaperçue dans les médias. Plutôt que de parler du fléau du tabagisme, première cause de cancers, c’est la vape, son meilleur ennemi, qui a fait la une…
Suite à une diffusion sous embargo assortie d’un communiqué de presse très “maladroit”, la publication du rapport de l’ANSES a provoqué une nouvelle panique médiatique sur la vape totalement à contre-courant de ses conclusions. Titres alarmistes et sensationnalistes, course à l’échalote pour indigner et effrayer, nous avons même lu sur une chaîne d’info nationale : Cancers, maladies cardiovasculaires : la vape tue aussi…
Sur le terrain, nos adhérents nous signalent comme à chaque fois des clients qui s’inquiètent en boutique, certains parlant de retourner à la cigarette “puisque la vape ne serait pas moins dangereuse, voire pire”.
Mais pas seulement. De nombreux vapoteurs ont réagi. Excédés par la désinformation qu’ils subissent et qu’ils sont nombreux à décrypter, ils se sont fait entendre sur les réseaux sociaux, défendant avec ferveur l’outil qui les a aidés à arrêter de fumer. Cette nouvelle mobilisation spontanée des usagers fait écho aux 250.000 signataires de la pétition pour le retrait de l’article 23.
Au-delà du vacarme, la réduction des risques est reconnue officiellement
Signalons d’emblée le très sérieux dossier du quotidien Libération sur le rapport de l’ANSES et, au-delà, avec notamment un article sur les lobbies de la vape qui lève à nouveau le voile sur l’influence toxique de l’industrie du tabac qui brouille les cartes et sème la confusion. Une nouvelle clarification salutaire afin de distinguer la filière indépendante de la vape et les acteurs du tabac, comme y invite l’ANSES à propos du marketing : « la notion de réduction des risques est aujourd’hui mobilisée par différents acteurs du secteur et notamment par les fabricants de tabac dont l’interprétation diverge significativement de celle portée par les acteurs l’ayant initialement utilisée dans une démarche de santé publique. »
Côté FIVAPE, les sollicitations de journalistes ont été nombreuses, je me suis exprimé à l’AFP, dans Le Télégramme, Le Parisien, Le Figaro, ou encore 60 millions de consommateurs qui s’est particulièrement distingué, comme l’association de consommateurs UFC-Que choisir, en rappelant ce que dit vraiment le rapport de l’ANSES, la vape est une réduction des risques majeure et reconnue par rapport aux méfaits du tabagisme, et c’est une aide qui peut être recommandée aux fumeurs.
Les professionnels de santé ont également recadré le débat. La Dr Alice Descheneau, présidente de la Société Francophone de Tabacologie – SFT, répond à Libération, “pour les médecins qui se mettent à l’échelle du fumeur, la vape est efficace pour se sevrer et moins dangereuse que la cigarette”. Catherine Delorme, présidente de la Fédération Addiction, rappelle dans les pages santé du Figaro que “la balance bénéfice – risque penche franchement en faveur du vapotage“. Le Pr Bertrand Dautzenberg a également vivement réagi sur ses réseaux sociaux, appelant à une lecture objective des travaux de l’ANSES : “un rapport scientifique de qualité, donc nuancé, qui sépare bien certitudes et hypothèses”.
Consensus scientifique, médical et réglementaire
Ainsi l’ANSES rejoint les consensus existants, que ce soit sur les risques avérés ou supposés, ou sur l’intérêt du vapotage pour les fumeurs.
À l’appui de plus de 2 500 études analysées, sur les risques de cancers, de maladies cardiovasculaires ou de maladies respiratoires, aucun des risques “probables” ou “possibles” ne sont à ce jour “avérés”. Les travaux scientifiques de l’ANSES confirment les résultats de la méta analyse continue de l’institution Cochrane.
Les recommandations de l’agence concordent avec les travaux de consensus des experts de la SFT, et très récemment du groupe international VECTOR, qui se résument ainsi :
- s’ils ne veulent pas, ou ne réussissent pas à arrêter de fumer avec les autres méthodes, les fumeurs devraient passer complètement aux cigarettes électroniques ;
Compte-tenu des incertitudes à long terme, le risque zéro n’existant pas :
- les vapoteurs qui ne fument plus et qui ne se sentent plus en danger de rechuter devraient essayer d’arrêter le vapotage ;
- Les non-fumeurs ne devraient pas vapoter.
L’ANSES ajoute d’autres points majeurs :
- l’usage du vapotage devrait être transitoire. Mais elle ne précise pas la durée. En effet, ce point fait débat, une récente étude indique justement que le vapotage prolongé après un sevrage tabagique réussi réduirait les risques de rechute ;
- même si elle recommande de l’éviter et de privilégier les substituts nicotiniques, l’ANSES ne déconseille pas absolument le vapotage pour les femmes enceintes, si ça peut les aider à arrêter de fumer pour réduire les risques ;
- elle rappelle aussi que les études peinent pour la plupart à distinguer les effets du vapotage de ceux du tabac. En effet, 98 % des vapoteurs sont ou ont été fumeurs. L’ANSES s’interroge aussi sur les protocoles de certaines études, avec des conditions expérimentales parfois très éloignées des pratiques en vie courante (matériels utilisés, nature et quantité des émissions, etc) ;
- l’agence s’inquiète fortement de la désinformation de la population générale qui perçoit en majorité les risques de la vape comme équivalents ou plus graves que ceux liés au tabac fumé. Elle appelle les pouvoirs publics à corriger rapidement cette perception erronée ;
- concernant les e-liquides, l’ANSES invite à établir une liste d’ingrédients à interdire, ce qui est une approche beaucoup plus rationnelle et sécurisante que restreindre les arômes seulement pour leur goût ;
- enfin, l’agence déconseille de taxer le vapotage, craignant pour la sécurité des usagers qui pourraient alors se tourner davantage vers le « fait maison », et surtout vers le marché noir, avec des produits totalement hors de contrôle.
Au-delà de ces recommandations résolument tournées vers l’intérêt des fumeurs, concernant les jeunes, l’ANSES appelle à la prudence et à la prévention :
- ne pas banaliser le vapotage, et le réserver à l’aide à l’arrêt du tabac pour les fumeurs ;
- et surtout, faire respecter la loi qui interdit déjà la vente aux mineurs depuis 2014.
Le rapport de l’ANSES sur le vapotage tient sur plus de 700 pages. Pour y voir plus clair, consultez cet excellent décryptage par le magazine Vaping Post, dans lequel la FIVAPE salue la profondeur exceptionnelle du travail réalisé par l’agence : France : le rapport de l’ANSES sur la toxicité de la cigarette électronique.
Des signaux positifs pour une nouvelle politique de la vape en France ?
Avec le retrait de l’article 23, la France est le premier pays en Europe à avoir refusé la mise en place de taxes et de mesures restrictives sur le vapotage. Après des mois de bataille, c’est une victoire symbolique pour la filière indépendante, qui a été la seule à camper sur ses positions sans compromission du début à la fin de la séquence.
Alors que déjà 3 millions de français ont arrêté de fumer à l’aide de la vape, le rapport de l’ANSES sur le vapotage rappelle à quel point il est urgent de réévaluer sa place dans l’arsenal des outils de lutte contre le tabagisme, entre prudence, vigilance et responsabilité, dans un pays qui compte encore 14 millions de fumeurs
Les recommandations de l’agence contredisent notamment tous les projets de mesures restrictives soutenues par des lobbies antitabac, qui ne sont pourtant ni des sociétés savantes, ni des agences de santé. Après s’être attaqué plusieurs fois à la FIVAPE, le CNCT en particulier, a affiché son mécontentement face à la suppression de l’article 23, faisant ainsi front commun avec la Confédération des buralistes contre la filière indépendante de la vape !
L’ANSES est une agence sous tutelle du ministère de la santé. Cette reprise en main du sujet du vapotage par les autorités de santé est bénéfique. Le rapport de l’ANSES doit être une nouvelle boussole pour réinventer une politique d’intérêt général pour la vape en France. Ce changement doit renforcer la légitimité de la France et inciter notre gouvernement à défendre cette approche de réduction des risques auprès de la commission européenne, pour s’opposer fermement aux mesures prohibitives et contre productives qui ne serviraient que les intérêts de l’industrie du tabac.
Pour la FIVAPE, l’objectif est clair. La vape est un outil précieux et formidable, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. La filière indépendante est aujourd’hui reconnue. Son expertise doit être valorisée et protégée. Nous devons continuer à nous faire entendre distinctement, rejoignez-nous !

Jean MOIROUD
Président de la FIVAPE