Science et évidences sur le vapotage : la France peut et doit reprendre l’initiative
Le rapport d’évaluation de la Commission européenne en vue de la prochaine TPD – Tobacco Products Directive – vient d’être publié. Pour justifier toutes sortes de mesures coercitives et de restrictions, et les généraliser à toute l’Europe, les auteurs établissent que le vapotage n’est d’aucune aide au sevrage, et qu’il est, au contraire, une porte d’entrée dans le tabagisme.
C’est inadmissible. Aussi faux que la terre est plate. Car les données sont nombreuses, fiables et probantes. Cette publication “revue des revues” des méta-analyses et études sur la vape de 2015 à 2024 vient à nouveau de le confirmer. Et les institutions scientifiques les plus reconnues contredisent totalement ces allégations : Cochrane, le Royal College of Physicians et Nicotine & Tobacco Research ont toutes été ignorées dans le rapport de l’UE !
La France doit s’opposer fermement à ces conclusions ubuesques et proposer une autre politique de la vape au bénéfice de l’intérêt général. Elle dispose pour cela de très solides atouts pour faire respecter la science et le bon sens grâce aux récents travaux de ses agences sanitaires, publiques et indépendantes.
L’OFDT montre, à travers toutes ses dernières publications, que l’effet passerelle n’existe pas. Au contraire, le tabagisme chez les jeunes s’effondre en France depuis l’arrivée du vapotage, et la consommation de nicotine, quel que soit le vecteur, baisse aussi.
Le rapport de l’ANSES, salué par tous les experts pour sa rigueur, consacre la réduction des risques entre fumer et vapoter, ainsi que l’aide au sevrage, plus performante qu’avec les substituts nicotiniques. L’agence sous tutelle du ministère de la Santé recommande de ne pas surtaxer le vapotage, d’encadrer et de sécuriser les produits avec des normes, mais pas de restreindre les arômes. Elle préconise de ne pas déconseiller le vapotage aux femmes enceintes fumeuses qui ne parviendraient pas à arrêter avec d’autres méthodes, et de cesser la confusion et la désinformation sur les risques relatifs entre la vape et la cigarette.
D’autres travaux ou publications françaises convergent : INSERM, SFT, SPF, Institut Pasteur, etc. Pour les spécialistes et les acteurs sur le terrain, il y a consensus sur la balance bénéfices / risques : le vapotage est une réduction des risques majeure par rapport à la cigarette ou au tabac chauffé, il est efficace pour aider les fumeurs à arrêter mais, par précaution, il doit être déconseillé aux non-fumeurs car ce n’est probablement pas totalement inoffensif, ce que rappelle évidemment l’ANSES, et que personne dans notre filière n’a jamais contesté.
Jusqu’à présent la vape a rempli ce rôle uniquement auprès des fumeurs, parce que portée essentiellement par les professionnels spécialisés et indépendants de l’industrie du tabac. Des millions de personnes ont arrêté la cigarette grâce à son aide. Santé publique France le rappelle bien : les vapoteurs quotidiens ont quasiment tous une expérience avec le tabac.
Ainsi la vape est devenue l’ennemi N°1 de l’industrie du tabac, qui fulmine et fait tout pour lui nuire. L’émission Complément d’Enquête diffusée le 19 mars dernier est édifiante ! Je vous invite à lire, relire ou partager mon billet car le décryptage est nécessaire : Complément d’enquête expose la stratégie de Big Tobacco contre la vape.
Face à ces dérives, les professionnels souhaitent bien entendu un encadrement qui protège la vape éthique et responsable destinée à l’arrêt du tabac. Avec ses fabricants français, ses grossistes, ses milliers de boutiques et ses e-commerçants spécialisés, notre filière indépendante de l’industrie du tabac est un atout, et la FIVAPE un interlocuteur fiable et expert. Compte tenu des enjeux sanitaires, ceux-là même qui ont motivé la création de nos entreprises, nous savons les responsabilités qui nous incombent.
C’est dans cet état d’esprit constructif et engagé que s’est déroulée notre assemblée générale du 30 mars dernier à Paris, avec une affluence record. Cette année, nous avons organisé auparavant pour nos adhérents une matinée “Experts et table ronde” autour du rapport scientifique de l’ANSES et des enjeux pour la filière. Le Pr Gérard DUBOIS, de l’Académie Nationale de Médecine, Sébastien SOULET, chargé de recherche chez Ingésciences et David SAINT-VINCENT, psychologue et administrateur de la Fédération Addiction, ont proposé des interventions pointues et instructives, conclues par une table ronde animée et passionnante.
Ces échanges riches et ouverts ont nourri et galvanisé les adhérents pour l’AG qui s’est déroulée l’après-midi. Les discussions ont été très dynamiques autour des nombreuses propositions de la FIVAPE pour encadrer et protéger la vape, ainsi que sur la place à tenir par la filière indépendante. Suite à l’épisode de l’article 23, et à sa capacité d’agir et de mobiliser, plusieurs dizaines d’acteurs ont rejoint la FIVAPE : nous n’avons jamais été aussi nombreux et unis.
Il est temps pour nous de reprendre l’initiative. Nos actions sont en préparation. Le prochain projet de loi de finances ne se fera pas sans nous. Et nous allons œuvrer pour que la France prenne toutes ses responsabilités dans les projets de réglementation de l’UE, en s’appuyant sur les travaux de ses agences sanitaires dont elle peut être fière et doit, à juste titre, se féliciter.

Jean MOIROUD
Président de la FIVAPE