Une étude de l’Université de York, publiée cet été dans la revue Tobacco Control et reprise par plusieurs médias français, présente le vapotage comme une porte d’entrée vers le tabac, l’alcool ou le cannabis. Cependant, plusieurs scientifiques et experts ont rapidement mis en doute ces conclusions.
Publiée le 19 août dernier dans Tobacco Control, l’étude “Vaping and harm in young people: umbrella review’ by Golder et al.”1 de l’Université de York, affirme que le vapotage favoriserait l’entrée des jeunes dans le tabagisme et conduirait à certaines consommations à risque comme l’alcool et le cannabis. Des conclusions alarmistes qui, dans la foulée, ont été reprises par plusieurs médias français234 Mais très vite, plusieurs experts ont souligné dans Science Media Centre des limites méthodologiques et des résultats jugés trompeurs, au regard de la faible qualité des études analysées.
Ce que dit cette étude anglaise
Cette étude anglaise est une synthèse de 56 revues systématiques, concluant que l’usage de la cigarette électronique chez les jeunes serait associé à de multiples risques sanitaires et comportementaux.
- Les jeunes qui vapotent présenteraient 2 à 6 fois plus de risque d’utiliser ensuite du cannabis.
- Leurs risques de consommation d’alcool et de binge drinking seraient multipliés par 4 à 6.
- Le passage au tabac (effet passerelle) serait environ 3 fois plus élevé chez les vapoteurs.
La qualité des revues remise en cause
Plusieurs scientifiques ont rapidement exprimé des réserves. Le Professeur Ann McNeill, spécialiste des addictions tabagiques au King’s College de Londres, relève que l’analyse « inclut 56 revues systématiques dont 53 sont de qualité faible ou critique », ce qui impose « une grande prudence avant de conclure ».
Même constat pour le Professeur Kevin McConway, professeur émérite de statistiques appliquées à l’Open University : « La solidité des conclusions dépend de celle des revues systématiques utilisées, elles-mêmes tributaires de la qualité des études originales. Les auteurs n’ont identifié qu’une seule revue de haute qualité, deux de niveau moyen, et 53 de faible ou très faible qualité. » Selon lui, « cela appelle à la prudence ». Il ajoute que « l’un des problèmes majeurs, reconnu par les auteurs eux-mêmes, est qu’il est pratiquement impossible de démontrer une relation de causalité entre le vapotage et les effets sanitaires ou comportementaux observés ».
La prédisposition aux risques plutôt que la vape
La plupart des recherches synthétisées sont transversales ou observationnelles. Cela rend difficile de déterminer si le vapotage est la cause réelle de ces comportements ou si d’autres facteurs entrent en jeu, expliquent ces experts. Ils mettent ainsi en avant l’hypothèse dite de la “common liability”, soit une prédisposition individuelle à l’addiction, considérant que certains adolescents ont une tendance générale aux comportements à risques, liée à des facteurs biologiques ou psychologiques, à leur personnalité ou à leur environnement familial et social. Ils sont alors plus enclins que d’autres à expérimenter alcool, cannabis ou tabac. De ce fait, le vapotage n’est donc pas une cause directe, et la solidité des conclusions concernant un éventuel “effet passerelle” est ici trompeuse.
La vape progresse, le tabagisme baisse
Pour le Dr Emma Beard, professeur associé en statistiques à l’University College de Londres, « parler d’effet passerelle est une spéculation excessive, surtout que les taux de tabagisme ont globalement baissé alors que le vapotage a augmenté. Protéger les jeunes est essentiel, mais cette revue souligne des faiblesses importantes dans les preuves actuelles. » Le Professeur Ann McNeill rappelle également : « Nos recherches ont même montré la relation inverse : essayer une cigarette de tabac est associé à un vapotage ultérieur. D’autres études montrent qu’à l’échelle de la population, quand le vapotage augmente, le tabagisme diminue. » Une tendance confirmée dans plusieurs pays : aux États-Unis, où moins de 2 % des jeunes fument encore, mais aussi en Nouvelle-Zélande ou en France, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).
La preuve par les chiffres
La dernière enquête ESPAD, publiée par l’OFDT, montre qu’en France la part des adolescents de 16 ans fumant quotidiennement est passée de 16 % en 2015 à 3,1 % en 2024, quand sur la même période la pratique du vapotage s’est démocratisée et n’a cessé de progresser. Parallèlement, comparée à l’Europe, la France figure parmi le tiers des pays où la consommation de boissons alcoolisées est la plus faible. Enfin, alors qu’elle comptait historiquement parmi les pays les plus consommateurs de cannabis, l’expérimentation de ce produit à l’adolescence a également chuté en France, passant de 31% en 2015 à 8,4 % en 2024. L’idée que le vapotage est une porte d’entrée vers le tabac, le cannabis et l’alcool relève donc davantage d’un préjugé que d’une réalité étayée.
Privilégier les données probantes et les études randomisées
La cigarette électronique est aujourd’hui l’outil le plus efficace pour réduire le tabagisme, notamment chez les jeunes adultes. Détourner l’attention avec des généralisations alarmistes fondées sur des données fragiles revient à brouiller le débat public. Il est vrai qu’il peut être difficile de s’y retrouver parmi les différentes études — transversales, longitudinales, méta-analyses ou revues systématiques — et leurs conclusions parfois contradictoires. Pour aider à mieux comprendre les différences entre ces méthodologies, Vaping Post a publié un article complet qui explique en détail leur apport spécifique à la recherche sur le vapotage.
La priorité sanitaire, elle, reste claire : continuer à réduire la prévalence tabagique, première cause de cancers et de maladies évitables, et reconnaître la vape pour ce qu’elle est : un fort levier de réduction des risques, validé par des résultats probants et chiffrés.
À retenir
Sur les 56 revues systématiques prises en compte par l’Université de York, seulement 3 sont jugées de qualité moyenne à élevée, les 53 autres étant estimées de qualité faible ou très faible. La robustesse des conclusions émises par cette étude pose donc légitimement question.
De fait, les données analysées sont majoritairement issues d’études observationnelles, empêchant d’établir des relations causales sûres entre vapotage et comportements addictifs liés.
La consommation de tabac, d’alcool ou de cannabis peut en effet s’expliquer par une prédisposition individuelle aux comportements à risques, sans induire un effet causal direct du vapotage.
Plusieurs experts notent que les conclusions de l’étude manquent de nuances et d’appuis solides, conduisant à une lecture exagérée des résultats, notamment pour ce qui concernerait un effet passerelle présumé.
- Study links teen vaping to increased risk of smoking and health issues – https://www.york.ac.uk/news-and-events/news/2025/research/teen-vaping-smoking-health-issues/ ↩︎
- Le vapotage chez les jeunes, une porte ouverte vers le tabac, le cannabis et l’alcool –
https://www.lepoint.fr/sante/le-vapotage-chez-les-jeunes-une-porte-ouverte-vers-le-tabac-le-cannabis-et-l-alcool-22-08-2025-2596795_40.php ↩︎ - Le vapotage chez les ados lié à un risque plus élevé de consommation de tabac, de marijuana et d’alcoolhttp-: //fr.euronews.com/sante/2025/08/20/le-vapotage-chez-les-ados-lie-a-un-risque-plus-eleve-de-consommation-de-tabac-de-marijuana ↩︎
- Adolescents et vapotage : une pratique loin d’être sans danger, selon une nouvelle étude internationale –
https://www.parents.fr/actualites/enfant/adolescents-et-vapotage-une-pratique-loin-detre-sans-danger-selon-une-nouvelle-etude-internationale-1139047 ↩︎

