Cet été, une méta-analyse française a tiré une sonnette d’alarme sur le vapotage qui ne serait pas moins nocif que le tabac chez les femmes enceintes.
Il va de soi que la FIVAPE n’a jamais recommandé le vapotage aux non-fumeurs, et encore moins aux femmes enceintes non fumeuses. Notre position est claire : vapoter ne concerne que les fumeurs en cours de sevrage tabagique. Mais une nouvelle étude française1 publiée en juillet 2025 affirme que même pour les fumeuses enceintes, la cigarette électronique serait aussi dangereuse que le tabac. Relayée par Le Quotidien du Médecin2, cette allégation est grave et mérite d’être examinée, alors que les chercheurs indiquent eux-mêmes des biais méthodologiques.
Que dit cette étude ?
L’équipe du Dr Vallée de l’hôpital Foch à Suresnes a analysé 9 études portant sur plus de 400 000 femmes enceintes. Son verdict : les « vapoteuses exclusives » auraient 40 % de risque supplémentaire d’accouchement prématuré et 49 % de risque en plus que leur bébé soit de faible poids. Des chiffres impressionnants, mais qui posent question quand on analyse les données présentées.
Un mélange des groupes qui confond vape et tabac
En analysant les 9 études sélectionnées, on découvre que le groupe « vapoteuses exclusives » de la méta-analyse mélange en réalité :
- Des vapoteuses n’ayant jamais fumé (très rares)
- Des ex-fumeuses ayant arrêté récemment, y compris en cours de grossesse
- Des femmes qui fument encore en cachette
- Des erreurs de déclaration
Résultat : sont attribués au vapotage des effets qui peuvent provenir en réalité d’une consommation antérieure ou actuelle de tabac (vapo-fumeuses).
Des études qui contredisent les conclusions de la méta-analyse
Plusieurs recherches incluses dans cette méta-analyse montrent pourtant autre chose :
- L’étude irlandaise3 trouve des poids de naissance identiques entre vapoteuses n’ayant jamais fumé et non-fumeuses
- L’étude américaine4 sur les adolescentes, elle, ne trouve aucun sur-risque
Or ces résultats favorables disparaissent par le simple fait que tous les cas soient indistinctement mélangés dans un seul groupe.
Conclusion de l’étude vs réalité des données
Sujet | Ce que dit l’étude | Ce que montrent les données |
Qui sont les « vapoteuses exclusives » ? | Des femmes qui vapotent uniquement | En réalité, majoritairement des ex-fumeuses et vapo-fumeuse |
Le sur-risque est-il réel ? | Oui, + 40 % à + 49 % | En réalité, pour plusieurs études individuelles : aucun sur-risque lié au vapotage seul |
La nicotine est-elle le problème ? | Oui, c’est la coupable désignée | Les substituts nicotiniques sont pourtant recommandés aux femmes enceintes |
Les données sont-elles fiables ? | Oui, 400 000 femmes étudiées | En réalité, les groupes de vapoteuses sont tous confondus, avec des effectifs très faibles pour les vapoteuses n’ayant jamais fumé |
La question de la nicotine
L’étude pointe la nicotine comme grande responsable des désordres occasionnés : accouchement plus précoce et plus faible poids de l’enfant. Pourtant, les patchs et gommes nicotiniques sont officiellement recommandés aux femmes enceintes qui n’arrivent pas à arrêter de fumer. Si la nicotine était si dangereuse, ces traitements seraient-ils conseillés ? Cette étonnante contradiction justifie des réserves quant à la qualité des conclusions livrées.
Ce que révèlent vraiment les données
Quand on distingue les groupes, la hiérarchie des risques semble plutôt être :
- Dans l’idéal, ne rien consommer
- Utiliser des substituts nicotiniques recommandés médicalement pour arrêter de fumer
- Être vapoteuse exclusive sans consommation récente de tabac
- Consommer des cigarettes
- Consommer cigarettes + vapoter
Qu’entraîne cette confusion ?
Ce biais méthodologique classique, qui mélange des profils différents dans un même groupe, fausse considérablement les résultats d’une étude où les conclusions deviennent confuses, voire trompeuses. Par conséquent, conclure ici de la même nocivité pour la vape que pour le tabac chez les femmes enceintes revient à étudier les accidents de la route en confondant conducteurs sobres et alcoolisés, pour en déduire que « conduire » est dangereux.
La science avant tout
Face à l’enjeu de santé publique, la FIVAPE appelle à plus de rigueur scientifique : les conclusions d’une étude doivent refléter précisément les données disponibles. Et les faits sont établis : pour une fumeuse enceinte qui ne parvient pas à arrêter complètement le tabac, le vapotage est une alternative beaucoup moins nocive que la cigarette. Cette distinction peut être décisive pour prévenir une rechute tabagique et conduire vers un sevrage abouti. Les femmes et leur entourage ont besoin d’une information fiable et fondée, pour leur propre santé comme pour celle de leurs enfants.
Avis de médecins spécialistes du sevrage tabagique
Reprises dans Le Quotidien du Médecin (Le vapotage pendant la grossesse pas moins nocif que le tabac, selon une méta-analyse française – 8 août 2025), les conclusions de cette étude ont fait réagir plusieurs experts dans les commentaires de l’article :
Marion Adler, médecin généraliste et tabacologue, « Ce n’est pas l’arrêt de la nicotine qu’il faut préconiser, mais bien l’arrêt de la fumée de tabac, dont le CO – monoxyde de carbone – est toxique pour le développement du fœtus. » Les substituts nicotiniques restent recommandés en première intention pour les femmes enceintes fumeuses, et la vape est une alternative moins nocive pour celles qui ne parviennent pas à arrêter de fumer.
Philippe Arvers, médecin addictologue et tabacologue rappelle, en analysant les chiffres, que le risque d’avoir un bébé de faible poids n’est pas imputable à l’usage exclusif de la vape par rapport au tabac, mettant en évidence la grande hétérogénéité et les biais des profils inclus dans le groupe « vapoteuses exclusives ».
- Maternal vaping and pregnancy adverse outcomes: A systematic review and meta-analysis – https://www.womenandbirth.org/article/S1871-5192(25)00085-X/abstract ↩︎
- Le Quotidien du Médecin – Le vapotage pendant la grossesse pas moins nocif que le tabac, selon une méta-analyse française – https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/gynecologie-obstetrique/le-vapotage-pendant-la-grossesse-pas-moins-nocif-que-le-tabac-selon-une-meta-analyse-francaise ↩︎
- McDonnell et al., Electronic cigarettes and obstetric outcomes: a prospective observational study, 2020 – https://obgyn.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/1471-0528.16110 ↩︎
- Use of E-Cigarettes and Cigarettes During Late Pregnancy Among Adolescents – https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10719752/ ↩︎

